Qu'on les appelle «Jésuites», ou Maîtres du monde, ou Mafia khazar de Rothschild, ils sont tous du pareil au même. Et les régimes leur importent peu.

mercredi 28 octobre 2015

Autopsie de la belle utopie des Nations Unies

 

POUR UNE GOUVERNANCE MONDIALE DU XXIè siècle
 
«Ce serait offenser les principes élémentaires que d’empêcher les victimes du conflit de retourner à leur foyer (chez eux), alors que les immigrants juifs affluent de partout menaçant de remplacer les réfugiés palestiniens enracinés dans leur terre depuis des siècles.»    Comte Folke Bernadotte assassiné à Jérusalem
 
Il y a 70 ans exactement, le 26 juin 1945, sur les ruines d’un monde à peine sorti de la Seconde Guerre mondiale, naissait l’Organisation des Nations unies. Quel est le bilan – et surtout l’avenir – de cette institution tant décriée mais qui doit faire sa mutation à l’heure où les conflits se multiplient? Cette Journée est célébrée chaque année le 24 octobre, jour anniversaire de l’entrée en vigueur en 1945 de la Charte des Nations Unies, Cette année, cette Journée coïncide avec les célébrations des 70 ans d’existence de l’ONU.
 
Ban Ki-moon, a souligné que l’Organisation restait un phare pour toute l’humanité et que le drapeau bleu des Nations unies était une bannière d’espoir. il y a un seul drapeau qui appartient à tous. Ce drapeau bleu de l’Organisation des Nations unies était une bannière d’espoir pour moi pendant mon enfance dans une Corée en guerre.
 
Nos soldats de la paix se trouvent en première ligne dans les conflits; nos médiateurs amènent les belligérants à la table de paix; nos travailleurs humanitaires bravent des situations dangereuses pour fournir une aide qui sauve des vies», «l’Organisation des Nations unies oeuvre pour l’ensemble des 7 milliards de personnes qui constituent la famille humaine, et prend soin de la terre, notre seul et unique domicile», a déclaré le chef de l’ONU.» (1)
 
Les sept secrétaires généraux
 
En 70 ans – huit secrétaires généraux se sont succédé. Le dernier en date Ban Ki-Moon depuis le 1er janvier 2007 termine son deuxième mandat en décembre 2015. De profondes mutations ont eu lieu pendant son mandat. Kofi Annan (17 décembre 1996 -31 décembre 2006) eut à vivre le conflit irakien et le scandale «Pétrole contre nourriture» qui se solda par la mort de 500.000 enfants irakiens, mais rassurons-nous. Madeleine Albright nous dit que: «Ce n’est pas cher payé si c’est le prix à payer pour faire partir Saddam Hussein.» Boutros Boutros-Ghali (1er janvier 1992) eut un mandat incolore pour les causes des faibles… Javier Pérez de Cuellar (1er janvier 1982) vécu en direct la chute de l’Empire et la montée de l’hyper-puissance américaine. Kurt Waldheim assura deux mandats du 1er janvier 1972 au 31 décembre 1981 il eut a gérer les deux guerres du Moyen-Orient de 1973 et 1979.
 
Le Birman U Thant (3 novembre 1961) pour qui: «La Charte impose à tous les êtres humains de pratiquer la tolérance, de vivre en paix l’un avec l’autre dans un esprit de bon voisinage et coexistence pacifique.» Il ne put pas cependant faire appliquer les résolutions des Nations unies du 22 novembre 1967. Ce fut, auparavant, Dag Hammarskjöld (10 avril 1953) pour qui: «La recherche de la paix et du progrès est un travail de longue haleine, et cette quête sera jonchée de succès et d’échecs, mais elle ne doit jamais être abandonnée.» Il en mourut. Enfin, Monsieur Trygve Lie (2 février 1946) le premier secrétaire des Nations unies qui prit la parole à la première session de l’Assemblée générale à Londres, le 2 février 1946. C’est sous son mandat qu’il y eut la mort tragique de l’envoyé spécial le Comte Bernadotte.
 
Le bilan de 70 ans de compromis et de compromission
 
Faire le bilan de l’ONU est une gageure, tant il est vrai que le secrétaire général fut au cours des années de plus en plus dépossédé de son pouvoir symbolique au profit d’un Conseil de sécurité qui dicte la norme  A dire vrai, ce fut une belle utopie avec des personnalités hors du commun comme le Comte Bernadotte ou  Dag Hammarskjöld mais très rapidement avec la mise en place de l’équilibre de la Terreur, les chasses gardées  aussi bien de l’Empire américain que de l’Empire soviétique se virent interdites aux Nations Unies Restaient les damnés de la Terre  dont la décolonisation fut bâclée et même douloureuse  comme ce fut le cas de la Révolution algérienne qui dura huit longues années .
 
Chaque année la question algérienne à l’ONU, ne fut pas inscrite en raison du veto américain et français… L’ONU voulant à tout prix avoir des résultats se contenta de compromis boiteux pour ne pas avoir à résoudre dans le fond les  abcès de fixation que  furent la mise en place des casques bleus dans le Monde notamment au Moyen Orient  (Liban, frontière syro-israélienne, Sahara Occidental…) . Bref au cours des ans l’ONU se contente de panser des plaies et de donner à survivre à des populations en sursis. :
«L’organisation, lit-on sous la plume de Alain Jourdan, est à la peine pour imposer une solution de paix en Syrie, mais ses agences ont tout fait pour aider les civils. La crise syrienne symbolise, c’est vrai, l’échec de l’ONU à assurer la paix et la sécurité. Mais elle illustre aussi la puissance de la machine humanitaire mise en route au lendemain de la Seconde Guerre mondiale pour porter secours aux victimes des catastrophes et des conflits dans le monde. Des millions de Syriens ont bénéficié de l’aide déployée par l’organisation et ses agences. (…) Beaucoup jugent injustes les critiques sur l’impuissance et l’inefficacité de l’institution. Mais le contexte est tel qu’il est difficile de rendre audible tout autre message» (2) 
«  (…) Le directeur général du bureau de l’ONU en Europe, le Danois Michael Moller estimant que son organisation n’a pas à rougir de son action et de son bilan. Une opinion partagée par François Nordmann. L’ancien diplomate suisse estime que l’ONU «peut se targuer de succès retentissants, notamment dans la coordination de l’aide humanitaire, la mise au point de normes de droit international, l’aide aux plus démunis, le combat contre l’inégalité, la sensibilisation au changement climatique.» (2)  
«Parler de succès alors que le monde n’a jamais été aussi instable paraît difficile. Pourtant, une unanimité se dégage pour dire que les dix-sept objectifs du développement durable adoptés en septembre à New York attestent d’une volonté commune jamais exprimée de manière aussi claire et déterminée (…) Certains experts parlent même de «révolution mondiale». Pour la première fois, les 193 Etats membre de l’ONU ont décidé d’harmoniser leurs agendas pour offrir un cadre de vie prospère et durable aux générations futures». (2)
Un bilan fait de sang et de larmes
« Mais quand on pense aux échecs de l’ONU, on pense d’abord, évidemment, au Conseil de sécurité. (…) L’histoire de l’ONU peut-elle se résumer à celle du verre à moitié vide ou à moitié plein? Pour Alexandre Fasel, le problème ne se pose déjà plus en ces termes. Comme Michael Moller, le représentant de la Suisse estime que « si l’ONU n’existait pas, il faudrait l’inventer ». Mais le diplomate ajoute «que ce serait impossible si on devait le faire aujourd’hui», compte tenu des crispations et des divisions.» (3)
On ne se rappelle des Nations unies que dans les tâches sombres, voire les manœuvres auxquelles elle a, sinon participé, du moins fermé les yeux comme cela s’est passé au Congo avec la mort de Lumumba après la mort du seul secrétaire général a faire le déplacement au Congo et à en mourir. Souvenons-nous de la mort du second secrétaire général de l’ONU, Dag Hammarskjöld, qui a péri dans un accident d’avion au cours d’une mission de paix au Congo.
 «C’était son quatrième voyage au Congo pour superviser les opérations de la Force des Nations unies au Congo (Onuc) créée en juillet 1960 à la demande expresse du gouvernement congolais d’une assistance militaire des Nations unies. Quand on parle de Dag Hammarskjöld aux Nations unies, tout le monde ou presque, surtout les générations les plus anciennes, s’accordent pour dire qu’il a été sans doute le plus grand, à ce jour encore, secrétaire général de l’ONU. C’était un grand intellectuel, un poète. Il était d’origine suédoise. 
C’est lui qui a inventé le terme, à propos de l’exercice de sa fonction, la nature de sa fonction de secrétaire général, le terme de «Pape laïc». Dag Hammarskjöld va être le fer de lance de cette réintégration du Katanga au Congo, ce qui va lui créer des ennemis aussi bien du côté des responsables katangais, notamment de la part de Moïse Tshombé qui dirigeait la sécession katangaise, qu’aussi bien de la part des grandes puissances dont certaines n’appréciaient pas son activisme, en faveur de l’indépendance du Congo.» (3)
Bien plus tard en avril 2015, l’ONU a en effet nommé le 16 mars une équipe d’experts indépendants chargés de rouvrir l’enquête sur les circonstances mystérieuses de sa mort en 1961. Nous attendons toujours ses conclusions. L’ONU c’est aussi, ce qui s’est passé en Libye avec le lynchage on live d’El Gueddafi suite à une résolution appliqué avant même que l’encre ne soit séchée par un Sarkozy redresseur de tort et défendant avec Cameron sous couverture de l’Otan la veuve et l’orphelin.
 
L’ONU sont aussi les massacres de Srebrenica où près de 8500 personnes ont été génocidées en quelques jours sous l’œil impassible des casques bleus néerlandais L’ONU est plus à l’aise pour s’occuper d’intendance après les dégâts collatéraux. De panser les plaies, de mettre les épaves humaines dans les camps de réfugiés On peut lui reconnaître aussi un rôle de compassion mais sans plus. Les rares velléités d’indépendance  de l’organisation ont été payées chères notamment par un assèchement du financement de l’organisation Les Etats Unis étant, le plus gros contributeur.
 
Le compter sur soi des Non-Alignés
 
Il faut savoir, de plus, que devant l’impuissance des Nations unies à prendre en charge leurs doléances et leurs espérances, des pays se sont organisés. Il en fut ainsi du Mouvement des Nations unies qui eut son heure de gloire au début des années 1970 avec le sommet d’Alger. Justement en hibernation après la chute de l’Empire soviétique, l’Iran en 2012 a tenté de le réanimer pour proposer une alternative des pays non alignés au nouveau partage du Monde. Ban Ki-moon qui y participa axa son intervention sur le procès de l’Iran:
«Constants dans leur diabolisation de l’Iran, les pays occidentaux ont tout fait pour dissuader Ban Ki-moon de faire le voyage qu’il fit à l’insu de son plein gré. Ce dernier «décida» finalement d’y aller avec des instructions claires. Tancer l’Iran sur son programme nucléaire et ressasser la vieille fausse rengaine faisant dire à Ahmadinejad qu’il veut la destruction d’Israël. Mieux encore pour Ban, la remise en cause de l’holocauste est un crime abominable.: «Je rejette fermement les menaces émises par un État membre (de l’ONU, Ndlr) d’en détruire un autre, ou les commentaires révoltants niant des faits historiques comme l’Holocauste «. Hypocritement, Ban Ki-moon a rappelé les idéaux du Mouvement aux membres des non-alignés (MNA) et a appelé à une campagne mondiale pour leur mise en place: «Nous devons défendre les idéaux du mouvement que sont la paix et l’égalité et faire des efforts pour la réalisation de ces idéaux». (4)
Ce fut à l’instar de toutes les organisations qui voulaient sortir de la doxa occidentale des enterrements de première classe.
 
Le problème palestinien
 
Le problème palestinien dure depuis près d’un siècle quand Lord Balfour promit une Terre aux Juifs (Home) pour la seconde fois après la promesse de Dieu aux juifs. Par la suite, le problème se complexifiant l’Angleterre se dessaisit du problème et l’offrit à l’ONU naissante et fragile. Dans une séance historique tenue à Londres le 14 février 1947, le cabinet britannique, décida que le Royaume-Uni se dessaisirait du mandat politique que lui avait confié la SDN en juillet 1922, pour confier le dossier à l’Organisation des Nations unies, fondée un an et demi plus tôt à San Francisco.
 
Un représentant a été désigné, en l’occurrence le comte Bernadotte, Haut représentant des Nations unies pour le conflit Israël Palestine qui avait pris à coeur son métier d’ambassadeur de la paix.
« L’assassinat du comte suédois Folke Bernadotte par le groupe terroriste Stern est un événement oublié de l’histoire du partage de la Palestine mandataire en 1948. Nommé médiateur de l’ONU dans le conflit israélo-arabe, Bernadotte vient proposer un plan — comportant, entre autres le retour de tous les réfugiés palestiniens chassés de leurs terres — qui lui sera fatal. (…)  Le 17 septembre 1948, trois voitures américaines blanches portant le drapeau de l’ONU roulent dans la rue Hapalmah, à Jérusalem.  
À l’arrière de la dernière voiture, une grosse Chrysler, sont assis le médiateur de l’ONU dans le conflit israélien, le comte suédois Folke Bernadotte et un officier français détaché auprès des Nations unies, le colonel André Sérot. Soudain, une Jeep surgit d’une rue transversale et barre le chemin du convoi. Trois hommes en uniforme de l’armée israélienne en descendent. Le comte Bernadotte ouvre sa vitre et passe la tête pour voir ce qui se passe. L’un des deux hommes, Yehoshua Cohen, se dirige vers lui et vide à bout portant le chargeur de son pistolet mitrailleur Schmeisser sur les deux passagers.   Tous deux meurent sur le coup »(5).
« Des terroristes israéliens viennent d’assassiner le médiateur officiel des Nations unies. Il venait la veille de proposer un nouveau plan de partage entre Palestiniens et Israéliens. Les tueurs appartiennent au groupe Stern, le Lehi («  Combattants pour la liberté d’Israël  » en hébreu), le plus radical des mouvements armés juifs. L’un de ses dirigeants, Yitzhak Shamir, deviendra premier ministre d’Israël  Pourquoi ce crime est-il rarement rappelé  ? Parce qu’il souligne l’importance du terrorisme dans la construction de l’État d’Israël  ? Parce que malgré tous ses efforts, le plan de Bernadotte témoignait d’une vision un peu abstraite du conflit, et qu’il était rejeté aussi bien par les Palestiniens que par les Israéliens  ? Un peu des deux, sans doute. Les circonstances du meurtre sont accablantes » (5).
« (…) Quand il est nommé médiateur de l’ONU, le 20 juin 1948, l’Assemblée générale a déjà approuvé, le 29 novembre 1947, un plan de partage détaillé dans la résolution 181, refusé par l’aile droite israélienne et les représentants des Palestiniens Une semaine après le début de sa mission, il négocie une trêve de quatre semaines (qui servira aux Israéliens à se réarmer) et un nouveau plan : un État israélien en Galilée et sur une bande côtière jusqu’au sud de Tel-Aviv, confédéré avec la Transjordanie, qui deviendra plus tard la Jordanie. Le reste du territoire sera arabe mais incorporé à la Transjordanie, et Jérusalem sera sous sa souveraineté. Le projet est rejeté par les deux parties. Le ministre des affaires étrangères Moshé Shertok lui signifie immédiatement un refus catégorique. Le plan Bernadotte comporte un volet tout aussi insupportable pour les Israéliens : le droit au retour des réfugiés palestiniens chassés de leurs terres, sans limite de nombre. Pour le plus virulents des groupes armés juifs, le Lehi — surnommé par les Britanniques le «  Stern gang  » — une telle attitude mérite la mort ».(5) 
Avec l’assassinat c’est en prime l’impunité qui va avec, voire la récompense par un prix Nobel pour son auteur avec un certain Anouar Sadate qui se retira du problème palestinien. Depuis, si on veut avoir donc une idée de l’impuissance des Nations unies, nous ne pouvons pas passer par pertes et profits le problème palestinien. Combien de résolutions prises par les Nations unies depuis, pour les plus récentes après le partage discutable de la Palestine de 1947, depuis le 22 novembre 1967, il y a de cela 48 ans ont été toutes bafouées.
 
Nous vivons chaque année un drame quand le droit des peuples, la dignité humaine sont bafoués. Le dernier scoop en date est la tentative de remise en cause du statut de l’esplanade des Mosquées. Il faut toujours se méfier des peuples messianiques?
 
Combien de résolutions sur le mur de la honte, combien de fois les villes palestiniennes ont été punies? Souvenons-nous de Jenine, souvenons-nous du calvaire annuel de Gaza cette prison à ciel ouvert où le taux de chômage et le désespoir ont atteint des sommets, où l’incurie des dirigeants palestiniens complice des autorités d’occupation (Hamas et l’OLP) contribuent à la mort lente d’un peuple. L’ONU est cependant forte quand il s’agit de punir les faibles. La mise en place de la Cour pénale Internationale n’a jusqu’à présent puni que les dirigeants africains et le serbe Milosevitch pour faire bon poids, sur injonction de l’Empire et de ses vassaux.
 
Pour une ONU en phase avec le XXIe siècle
 
Pour sortir du cinéma actuel où on inaugure à grande pompe l’anniversaire non pas d’un corps vivant mais celui d’un corps mort, un grand machin vide dirait De Gaulle, il est nécessaire de tout remettre à plat. Quand l’ONU a «démarré» il y avait une cinquantaine de nations. Actuellement il y en a 200. Est-ce une avancée? Les hommes sur terre, quelles que soient leurs couleurs, leurs espérances sont-ils plus heureux! Non mille fois non!
 
Même dans des pays développés, les citoyens sont malheureux, s’ils n’ont pas les problèmes de survie des damnés de la Terre des pays faibles, des pays en guerre, des pays sous-développés. Ils ont les problèmes de mal-vie et chez eux ils vivent avec la peur au ventre de la précarité: le néolibéralisme a laminé les espérances de tous les peuples au profit d’une oligarchie qui a mis la main sur les riches de la planète quand une dizaine de riches ont une richesse supérieure à celle de l’Afrique entière malgré ses richesses, il y a quelque part une dérive des Nations unies qui sont plus que jamais désunies.
 
Devant cette jungle qui de fait n’a jamais cessé car dans les faits la Guerre froide a dès le départ partagé le monde en deux grands blocs, les Nations unies n’ont jamais pu s’imposer du fait du poids négligeable de l’Assemblée générale devant le Conseil de sécurité qui en dernier ressort est seul à diriger le monde. Ce qui explique les centaines de résolutions bloquées pour cause de veto, ou si elles sont prises, bafouées car l’échelon suivant des sanctions n’a jamais pu être actionné nous l’avons vu avec le dernier rapport sur les avant-derniers massacres des Palestiniens, le rapport Goldstein commandé à cet effet, n’a jamais pu être discuté au Conseil de sécurité bloqué en amont dit-on par Mahmoud Abbas qui était censé le défendre. Il ne reste rien des espoirs suscités par la Charte de San Francisco:
 
Un monde meilleur, plus jamais de guerre et justice pour les peuples. Quelle belle utopie? Les Nations unies ont-elles véritablement joué un rôle et ont-elles un avenir? Les résolutions appliquées à l’encontre des pays faibles sont toujours le résultat de tractations douteuses par un Conseil de Sécurité qui se veut au-dessus de tout le monde et qui ferme la porte à des nations nouvelles. Il est nécessaire que le dossier d’élargissement du Conseil de sécurité soit pris au sérieux, qu’il y ait une représentation pour des pays comme l’Inde, le Brésil ou même l’Allemagne et le Japon, qu’il y ait au moins un représentant par continent, l’Afrique, mais par-dessus tout, supprimer le droit de veto et s’en remettre à l’Assemblée générale. C’est à ce prix que les Nations unies épouseront les problèmes du nouveau siècle.
 
Professeur Chems Eddine Chitour
Ecole Polytechnique enp-edu.dz
2.Alain Jourdan 23.10.2015
4. Chems Eddine Chitour
  
Article de référence :
http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour /228178-pour-une-gouvernance-mondiale-du-xxie-siecle.html
 

mardi 25 août 2015

L’Europe va-t-elle mourir de l’immigration?


Alexandre Latsa

En 1973, l’écrivain Jean Raspail écrivait son roman "Le camp des saints", qui à l’époque préfigurait ce qui était considéré comme une scène de science-fiction: un million de "miséreux" prennent d'assaut des cargos pour tenter de rejoindre un Occident riche mais incapable de leur faire modifier leur route.

Finalement, les bateaux finirent par s'échouer en France, sur la Côte d'Azur, sous l'œil de pouvoirs publics désarmés et l'affaiblissement d'une armée française sans ordres et incapable de réagir à cette "invasion pacifique".

Si un tel scenario pouvait sembler totalement irréaliste il y a un peu plus de 40 ans, les dernières semaines ont clairement laissé comprendre que ce scenario n'est plus celui d'un futur proche, mais la réalité qui est celle de la France et de l'Europe d'aujourd'hui. Une réalité face à laquelle l'été 2015 nous a violemment confrontés.

Selon les chiffres du Haut-Commissariat aux Réfugiés des Nations Unies (HCR), ce sont déjà près de 224.000 réfugiés et migrants qui sont arrivés en Europe via la Méditerranée entre janvier et juillet de cette année.

Toujours selon le HCR, les Syriens constituent le groupe le plus important parmi ces arrivants, (34%) suivis par les Érythréens (12%), les Afghans (11%), les Nigérians (5%) et les Somaliens (4%). Les estimations basses envisagent que cette année, entre un demi-million et un million de migrants tenteront de rejoindre les côtes européennes.

Ces chiffres, qui ne sont que des chiffres officiels, traduisent le volume de migrants qui souhaitent fuir des zones en guerre et rejoindre une Europe en paix et considérée comme l'eldorado.  

Sans surprises, l'arrivée massive de ces migrants entraîne des troubles dont l'intensité ne cesse de croître au cours des derniers mois, surtout dans l'Europe des périphéries et des frontières, déjà aux prises avec une profonde crise économique.  

En Italie, Lampedusa connaît depuis maintenant quelques années des émeutes régulières opposant les migrants à la police italienne ou à la population locale. Cet été, c'est Rome qui a été visé par des incidents violents entre la police et la population d'un quartier de la ville qui s'opposait à l'installation forcée de clandestins par les autorités locales. 

Débordées, les autorités italiennes ont cet été demandé à l'Europe la prise en charge de dizaines de milliers de clandestins que le pays ne pouvait absorber tandis que le nombre d'arrivants ne cesse lui de croître. Certains villages dépeuplés sont passés de quelques centaines à plusieurs milliers d'habitants puisque les autorités locales ont décidé d'y implanter et d'y laisser séjourner ses nouveaux habitants.

Autre avant-poste de l'immigration clandestine en Europe, la Grèce fait face à une situation tout aussi grave que Rome puisque le pays est confronté à une vague migratoire sans précédent. La situation est particulièrement grave sur les îles grecques, dont certaines se situent à quelques centaines de mètres seulement des côtes turques. Des incidents d'une rare violence ont par exemple éclaté sur l'Ile de Kos, dont les 30.000 habitants font désormais face à 7.000 migrants majoritairement issus de Syrie et d'Afghanistan.

La Turquie ne pose pas du reste problème qu'à la Grèce, mais également à la Bulgarie. Le pays a décidé de prolonger de 130 kilomètres le mur anti-migrants, érigé le long des 275 kilomètres de frontière du pays avec la Turquie et ayant pour but de stopper l'afflux de réfugiés, principalement syriens.

Plus au nord et au centre de l'Europe, le tandem franco-allemand n'est pas épargné non plus, puisque la seule Bavière par exemple a fait face cet été a une augmentation importante du nombre de réfugiés qui se monte à 6.560 pour les 5 premiers jours d'août, soit près de 1.500 par jour. Le pays a du reste accueilli 79.000 demandeurs d'asile, principalement venus de Syrie, d'Irak et d'Afghanistan, pour le seul mois de juillet 2015.

La locomotive de l'Europe semble l'être également sur le domaine migratoire, puisque Berlin envisage d'accueillir à elle seule 600.000 réfugiés cette année, le pays ayant besoin de 500.000 nouveaux migrants chaque année pour faire face à la pénurie d'enfants de sa population de souche. L'accueil de ces réfugiés se passe de façon plus ou moins chaotique puisqu'au sein de certaines municipalités, des consignes civiques sont imposées aux populations de veiller à ne pas choquer les arrivants afin d'éviter tout malentendu.

En clair que les enfants ne portent plus de t-shirts et de chemises transparentes, ni de shorts ou de jupes trop courtes. Pendant que l'on explique aux jeunes Allemandes qu'elles ne sont plus libres de mettre des jupes chez elles, des élus allemands visiblement "éclairés" ont décidé de montrer l'exemple en accueillant chez eux des réfugiés érythréens, un exemple suivi par déjà près de 100.000 citoyens, tandis que le nombre d'attaques contre les réfugiés est lui fortement en hausse.

La France n'est pas épargnée par ces flots humains face auxquels les autorités semblent, tout comme dans le Camp des saints, incapables de faire face. De Calais à Dunkerque, des bidonvilles regroupant jusqu'à plusieurs milliers de personnes sont apparus au cours des derniers mois, ressemblant à d'authentiques bidonvilles africains mais implantés au cœur de la campagne française. 

Certaines nuits ce sont plusieurs centaines de migrants qui tentent de traverser le tunnel sous la Manche pour rejoindre l'Angleterre en déstabilisant totalement le trafic routier entre les deux pays. A l'autre bout de l'Hexagone, les migrants affluent également à la frontière franco-italienne, puisque nombre d'entre eux souhaitent rejoindre la Scandinavie, l'Angleterre ou la France.


Pour freiner le flot de refugiés qui arrivent du sud-ouest et du sud-est de l'Europe, Bruxelles envisage de pénaliser les pays tiers et candidats comme la petite Serbie, où les élites européistes envisagent de créer un camp de 400.000 réfugiés, soit l'équivalent de 5% de la population du pays.

La situation est en effet tellement grave que c'est la Hongrie qui désormais doit faire face à de ce flux de migrants qui souhaite rejoindre la vieille Europe. Les autorités hongroises ont ainsi, tout comme les autorités bulgares, constitué un mur de près de 175 kilomètres le long de la frontière avec la Serbie pour "protéger l'Europe".

Il y a une totale schizophrénie dans le comportement de la grande majorité de nos élites, qu'elles soient nationales et surtout supranationales.

Elles imposent à l'Europe et à ses populations d'absorber et de subir une immigration à haut risque, immigration créée en grande partie par leur propre politique extérieure, que l'on pense à la folle politique européenne et occidentale en Irak, Libye ou Syrie.

Dans le meme temps la suppression des frontières nationales s'est accompagnée d'une situation de non préparation à cette pression migratoire auquel le droit-de-l'hommisme totalitaire n'a finalement aucune réponse, si ce n'est celle d'imposer aux Européens de se taire et subir.

Alors que l'on a vendu aux peuples européens le mythe d'une Europe en paix et libérée de toutes frontières, voilà que s'érigent des murs et des territoires occupés, finalement sur le modèle d'un Orient dont personne ne devrait souhaiter qu'il ne préfigure l'avenir de notre continent hormis les "ennemis de l'Europe".

Des ennemis de l'Europe dont la cinquième colonne devra sans doute, un jour ou l'autre, être chassée de la structure de gouvernance globale qu'elle occupe et dont la politique tue, à petit feu, l'Europe en tant que civilisation.

Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

Source: Sputnik.fr

mardi 11 août 2015

Pourquoi la France socialiste reste un «caniche américain»


Nicolas Bonnal


L'affaire rocambolesque et presque comique du Mistral montre que le niveau d'inféodation de nos chers socialistes aux Américains est absolu, que ce soit sur le plan diplomatique, économique ou financier. Même Nicolas Sarkozy avec ses députés en Crimée paraît un trublion à côté.  

Comment l'expliquer? 

Dans son livre sur Charlie, Emmanuel Todd parle avec dureté de cette bourgeoisie inégalitaire, « chrétienne zombie », fascinée par son exemple américain, qui hait le modèle russe fondé sur l'égalité de nations.  

L'ancien ministre socialiste Jean-Pierre Chevènement, connu pour ses opinions souverainistes, a récemment expliqué à l'hebdomadaire Marianne:   
« Le droit extraterritorial qu'appliquent les Etats-Unis de punir les entreprises jugées « contrevenantes » exerce un effet de tétanisation sur une large part de nos banques. Beaucoup craignent de perdre leur accès au marché financier américain. Il en résulte un système d'allégeance et d'inféodation à l'échelle planétaire. Les Américains ont mis en place ce système très sophistiqué de punition extraterritoriale pour obliger les entreprises étrangères à relayer l'ordre international qu'ils décident souverainement. » 
Le journaliste du Figaro Renaud Girard a également rappelé dans une interview: 
« Après la scandaleuse amende imposée à la BNP, on aurait pu imaginer que l'Europe infligeât une amende de 15 milliards de dollars à Goldman Sachs pour avoir aidé le gouvernement grec à truquer ses comptes publics afin d'entrer dans la zone euro. » 



Mais justement nous ne l'avons pas fait parce c'est l'OTAN et les banques américaines qui contrôlent Bruxelles et ses technocrates — ce que d'ailleurs avait prévu de Gaulle.  

Renaud Girard ajoute courageusement contre une armée de commentaires rageurs de son journal de bourgeois et néocons:  
« Cette évolution est due à plusieurs facteurs: une fascination pour la puissance américaine, un manque de fierté, une façon de baisser les bras (…). Cette évolution indigne est assez difficile à expliquer. Elle a été opérée par des gens qui pensent que la France est trop petite pour exister par elle-même et qu'elle ne vit que dans un grand bloc occidental dirigé par l'Amérique. » 
Ils sont ce que de Gaulle appelait les défaitistes. Et Girard d'ajouter en bon gaulliste:  
« Contrairement à ce que l'on pense, l'Occident attend de la France une analyse droite, autonome, responsable, de la situation internationale, et pas un comportement de caniche qui se révèle à la fin contre-productif pour les intérêts de l'Occident et la paix dans monde. »  
En ce qui me concerne, je dirai qu'il n'y a malheureusement pas de quoi s'étonner, car les socialistes ont toujours été, longtemps avant Valls ou Hollande, les parfaits larbins des Américains.

Ce n'est pas moi qui le dis, c'est un certain… Léon Trotsky dans son discours du 28 juillet 1924 sur les perspectives du développement mondial:

« Que veut le capital américain?

Il vise à la maîtrise du monde, il veut instaurer la suprématie de l'Amérique sur notre planète. Le capital américain commande maintenant aux diplomates. Il se prépare à commander également aux banques et aux trusts européens, à toute la bourgeoisie européenne. C'est ce à quoi il tend. Il assignera aux financiers et aux industriels européens des secteurs déterminés du marché. Il réglera leur activité.»

C'est en 1924 donc et cela montre que cela dure depuis un siècle. Le bourgeois européen et en particulier le socialiste français est consentant et euphorique d'obéir à son maître américain. Et notre fin renard Trotsky devine que ce sont les bourgeois sociaux-démocrates qui sacrifieront les intérêts des peuples en Europe en se mettant au service du capital étasunien: 
« La social-démocratie est chargée de préparer cette nouvelle situation, c'est-à-dire d'aider politiquement le capital américain à rationner l'Europe. Que fait en effet en ce moment la social-démocratie allemande et française, que font les socialistes de toute l'Europe? Ils s'éduquent et s'efforcent d'éduquer les masses ouvrières dans la religion de l'américanisme; autrement dit, ils font de l'américanisme, du rôle du capital américain en Europe, une nouvelle religion politique. Ils s'efforcent de persuader les masses laborieuses que, sans le capital américain, essentiellement pacificateur, sans les emprunts de l'Amérique, l'Europe ne pourra tenir le coup. »  
Le terme de religion politique est excellent, car on remarque chez les pro-américains une hypnose, une folie qui vire au suicide migratoire ou libre-échangiste, en passant par le sadisme du croisé US, cet impérialiste humanitaire. Comme on sait aussi, les Américains ne peuvent plus prêter d'argent à personne, s'étant ruinés par leurs guerres zélées et leurs budgets militaires inefficients. Mais nous avons tellement pris le pli de la soumission, au moins au niveau des élites technocratiques, que nous acquiesçons à la destruction économique et militaire programmée par nos maîtres atlantes.

Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

Source: Sputnik

jeudi 9 juillet 2015

Derrière la dette grecque


Thierry Meyssan

Le débat actuel sur la dette grecque a donné lieu à toutes sortes de menaces, d’abord contre le gouvernement Tsípras, puis contre les électeurs grecs. S’abstenant d’entrer dans une discussion sur la partie odieuse de cette dette, Thierry Meyssan observe la campagne internationale contre la sortie de la Grèce de la zone euro. Il met en lumière le projet historique de l’Union et de l’euro, tel que formulé en 1946 par Churchill et Truman, pour conclure que la Grèce est aujourd’hui piégée par l’environnement géopolitique international et non pas par sa situation économique.


Joseph Retinger, ex-fasciste polonais devenu agent britannique. Dans le cadre de ses fonctions au MI6, il fonda l’European League for Economic Cooperation dont il devint le secrétaire général. À ce titre, il est le père de l’euro. Par la suite, il anima le Mouvement européen et créa le Club de Bilderberg.    

Le référendum grec a donné lieu à de vifs débats dans l’Union européenne qui illustrent l’ignorance générale sur les règles du jeu. Les participants se sont déchirés pour savoir si les Grecs étaient ou non responsables de leur dette tout en veillant à ne jamais accuser leurs créanciers d’usure. Mais ils l’ont fait en ignorant l’histoire de l’euro et les motifs de sa création. 

 L’euro : un projet anglo-saxon de la Guerre froide 


Depuis le Traité de Rome, il y a soixante-quatre ans, les instances administratives successives du « projet européen » (CECA, CEE, UE) ont dépensé des sommes colossales et sans équivalent pour financer leur propagande dans les médias. Quotidiennement des centaines d’articles, d’émissions de radio et de télévision, sont payées par Bruxelles pour nous raconter une version mensongère de son histoire et nous faire croire que le « projet européen » actuel est celui des Européens de l’entre-deux-guerres. 

Les archives sont pourtant désormais accessibles à tous. Elles montrent qu’en 1946, Winston Churchill et Harry Truman décidèrent de diviser le continent européen en deux : d’un côté, leurs vassaux, de l’autre l’URSS et les siens. Pour s’assurer qu’aucun État ne s’affranchirait de leur suzeraineté, ils décidèrent de manipuler les idéaux de leur époque. 

 Ce que l’on appelait alors le « projet européen » ne consistait pas à défendre de prétendues valeurs communes, mais à fusionner l’exploitation des matières premières et des industries de Défense de la France et de l’Allemagne de manière à être certain que ces pays ne pourraient plus se faire la guerre (théorie de Louis Loucheur et du comte Richard de Coudenhove-Kalergi [1]). Il ne s’agissait pas de nier de profondes différences idéologiques, mais de s’assurer qu’elles ne se confronteraient plus par la force.     

Le MI6 britannique et la CIA états-unienne ont alors été chargés d’organiser le premier « Congrès de l’Europe », à La Haye en mai 1948, auquel participèrent 750 personnalités (dont François Mitterrand) de 16 pays. Il s’agissait, ni plus, ni moins, que de ressusciter le « projet d’Europe fédérale » (rédigé par Walter Hallstein —le futur président de la Commission européenne— pour le chancelier Adolf Hitler) en se basant sur la rhétorique de Coudenhove-Kalergi.   

Plusieurs idées fausses doivent être corrigées à propos de ce Congrès. 

- En premier lieu, il convient de le replacer dans son contexte. Les États-Unis et le Royaume-Uni venaient de déclarer la Guerre froide à l’URSS. Celle-ci répliqua en soutenant les communistes tchèques qui parvinrent légalement à s’emparer du pouvoir lors du « Coup de Prague » (« Février victorieux », selon l’historiographie soviétique). Washington et Londres organisèrent alors le Traité de Bruxelles qui préfigure la création de l’Otan. Tous les participants au Congrès de l’Europe étaient pro-Anglo-Saxons et anti-Soviétiques.

- Deuxièmement, lorsque Winston Churchill prononça son discours, il employa le terme « Européen » pour désigner les habitants du continent européen (pas ceux du Royaume-Uni qui, selon lui, ne sont pas des Européens) qui se disaient anti-communistes. Il n’était pas question, à l’époque pour Churchill, que Londres adhère à l’Union européenne, mais uniquement qu’il la supervise.

- Troisièmement, deux tendances se firent jour au sein du Congrès : les « unionistes » pour qui il s’agissait uniquement de mettre en commun des moyens pour résister à l’expansion du communisme, et les « fédéralistes » qui souhaitaient réaliser le projet nazi d’État fédéral placé sous l’autorité d’une administration non-élue.

JPEG - 32.7 koWalter Hallstein, haut fonctionnaire allemand, rédigea le projet hitlérien d’Europe fédérale. Il s’agissait de détruire les États européens et de fédérer les populations par ethnies autour du Reich aryen. L’ensemble aurait été soumis à la dictature d’une bureaucratie non-élue, contrôlée par Berlin. À la Libération, il mit en œuvre son projet avec l’aide des Anglo-Saxons et devint, en 1958, le premier président de la Commission européenne.
Le Congrès précisa tout ce qui a été réalisé depuis sous les noms successifs de CECA, CEE et UE.

Le Congrès adopta le principe d’une monnaie commune. Mais le MI6 et la CIA avaient déjà fondé l’Independent League for European Cooperation (ILEC) [2]—devenue European League for Economic Cooperation (ELEC)—. Son objectif était, une fois les institutions de l’Union créées, de passer de la monnaie commune (la future European Currency Unit – ECU) à une monnaie unique (l’euro), de sorte que les pays adhérents à l’Union ne puissent plus la quitter [3].

C’est ce projet que François Mitterrand réalisa, en 1992. Au regard de l’Histoire et de la participation de François Mitterrand au Congrès de La Haye, en 1948, il est absurde de prétendre aujourd’hui que l’euro ait eu un autre but. C’est pourquoi, en toute logique, les Traités actuels ne prévoient pas la sortie de l’euro, contraignant la Grèce, si elle le souhaite, à sortir d’abord de l’Union pour pouvoir sortir de l’euro.

Le glissement du « projet européen » dans le système états-unien

L’Union a connu deux tournants principaux :

- À la fin des 60, le Royaume-Uni refusa de participer à la guerre du Vietnam et retira ses troupes du Golfe persique et d’Asie. Les Britanniques cessèrent alors de se penser en 51ème État des États-Unis et d’invoquer leur « special relationship » avec Washington. Ils décidèrent donc d’adhérer à l’Union (1973).

- À la dissolution de l’URSS, les États-Unis restèrent seuls maîtres du jeu, le Royaume-Uni les assista, et les autres États leur obéirent. Par conséquent, l’Union n’a jamais délibéré de son élargissement à l’Est, mais uniquement validé une décision prise par Washington et annoncée par son secrétaire d’État James Baker. De même, elle a adopté aussi bien la stratégie militaire des États-Unis [4] que leur modèle économique et social caractérisé par de très fortes inégalités.

Le référendum grec a fait apparaître une ligne de partage entre d’un côté des élites européennes qui trouvent la vie de plus en plus facile et soutiennent sans réserve le « projet européen » et, d’autre part, des classes laborieuses qui souffrent de ce système et le rejettent ; un phénomène qui s’était déjà exprimé, mais uniquement à l’échelle nationale, lors de la ratification du Traité de Maastricht et du projet de Constitution européenne par le Danemark et la France.

Dans un premier temps, les dirigeants européens ont mis en cause la validité démocratique du référendum. Le secrétaire général du Conseil de l’Europe, Thorbjørn Jagland (l’homme qui a été viré du jury Nobel pour corruption [5]) a déclaré

- que la durée de la campagne était trop courte (10 jours au lieu de 14) ;

- qu’il ne pourrait pas être surveillé par des organisations internationales (trop longues à s’organiser),

- et que la question posée n’était ni claire ni compréhensible (alors que la proposition de l’Union publiée au Journal officiel est bien plus courte et simple que les Traités européens qui furent soumis à référendum).

Cependant, la polémique a fait long feu après que le Conseil d’État grec, saisi par des particuliers de ces trois points, a validé la légalité de cette consultation.

La presse dominante a alors affirmé qu’en votant « non », l’économie grecque sauterait dans l’inconnu.

Pourtant, le fait d’appartenir à la zone euro n’est pas une garantie de performance économique. Si l’on se réfère à la liste du FMI du Produit intérieur brut (PIB) en Parité de pouvoir d’achat (PPA), un seul État membre de l’Union se trouve parmi les 10 premiers dans le monde : le paradis fiscal du Luxembourg. La France ne figure qu’en 25ème position sur 193.

La croissance de l’Union européenne était de 1,2 % en 2014, ce qui la classe au 173e rang mondial, c’est à dire un des plus mauvais résultats dans le monde (la moyenne mondiale est de 2,2 %).

JPEG - 38.2 koMario Draghi, président de la Banque centrale européenne, est l’ancien vice-président Europe de la banque Goldman-Sachs. Il a masqué au Parlement européen son rôle dans les malversation opérées par la banque pour le compte du gouvernement grec, pourtant attesté par des documents de la banque.
Force est de constater qu’appartenir à l’Union et utiliser l’euro ne sont pas des garanties de succès. Mais si les élites européennes soutiennent ce « projet », c’est qu’il leur est profitable. En effet, en créant un marché unique, puis une monnaie unique, les Unionistes ont brouillé les cartes. Désormais, les différences ne sont plus entre les États membres, mais entre des classes sociales qui se sont uniformisées à l’échelle européenne. C’est pourquoi les plus riches défendent l’Union, tandis que les plus pauvres aspirent au retour des États membres.

Les contresens à propos de l’Union et de l’euro    

Voici des années que le débat est faussé par le vocabulaire officiel : les Européens ne seraient pas les porteurs de la culture européenne, mais uniquement les membres de l’Union. Depuis la Guerre froide, on affirme ainsi que les Russes ne seraient pas Européens, et désormais qu’en sortant de l’Union, la Grèce quitterait la culture européenne dont elle est le berceau.

Or, « les chiens ne font pas des chats ». L’Union a été conçue par les Anglo-Saxons, avec d’anciens nazis, contre l’URSS. Elle soutient aujourd’hui le gouvernement ukrainien, nazis inclus, et a déclaré la guerre économique à la Russie en la parant du nom de « sanctions ».

Comme son nom ne l’indique pas, l’Union n’a pas été créée pour unir le continent européen, mais pour le diviser, en écartant définitivement la Russie. C’est ce que Charles De Gaulle avait dénoncé en plaidant, lui, pour une Europe « de Brest à Vladivostock ».  Les unionistes assurent que le « projet européen » a permis la paix en Europe depuis 65 ans. Mais parlent-ils de l’appartenance à l’Union ou de leur vassalité aux États-Unis ?

En réalité, c’est celle-ci qui a garanti la paix entre les États ouest-européens, tout en maintenant leur rivalité hors de la zone Otan. Doit-on rappeler, par exemple, que les membres de l’Union européenne ont soutenu des camps différents en ex-Yougoslavie avant de s’unifier derrière l’Otan ? Et doit-on considérer que s’ils redevenaient souverains, les membres de l’Union recommenceraient nécessairement à se quereller ?


Jean-Claude Juncker, s’est indigné du référendum grec qu’il a qualifié de « trahison ». M. Juncker a été contraint à la démission de ses fonctions de Premier ministre du Luxembourg, après que l’on eut établi son appartenance au réseau d’espionnage Gladio de l’Alliance atlantique. Un an plus tard, il devenait président de la Commission européenne.

Pour revenir au cas grec, les experts ont largement démontré que cette dette est imputable à des problèmes nationaux non-résolus depuis la fin de l’Empire ottoman tout autant qu’à une escroquerie de grandes banques privées et de dirigeants politiques. Au demeurant, cette dette est insolvable comme le sont également les dettes des principaux États développés [6]. ;

Quoi qu’il en soit, Athènes pourrait facilement s’en sortir en refusant de payer la partie odieuse de sa dette [7], en quittant l’Union, et en faisant alliance avec la Russie qui est pour elle un partenaire historique et culturel bien plus sérieux que la bureaucratie bruxelloise. La volonté de Moscou et de Beijing d’investir en Grèce et d’y créer de nouvelles institutions internationales est un secret de polichinelle. Cependant, la situation de la Grèce est d’autant plus complexe qu’elle est également membre de l’Otan et que l’Alliance y avait organisé un coup d’État militaire, en 1967, pour l’empêcher de se rapprocher de l’URSS [8].

Thierry Meyssan

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Je cite:  «Cependant, la situation de la Grèce est d’autant plus complexe qu’elle est également membre de l’Otan et que l’Alliance y avait organisé un coup d’État militaire, en 1967, pour l’empêcher de se rapprocher de l’URSS.»

Dans ce cas là,  il serait donc juste de dire que les olives sont cuites pour les Grecs.   
[1] « Histoire secrète de l’Union européenne », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 28 juin 2004.
[2] La section française prend le nom de Ligue européenne de coopération économique (LECE). Elle est présidée par Edmond Giscard d’Estaing, père du futur président de la République et créateur de l’ECU.
[3] MI6 : Inside the Covert World of Her Majesty’s Secret Intelligence Service, Stephen Dorril, The Free Press, 2000.
[4] « Stratégie européenne de sécurité », Réseau Voltaire, 12 décembre 2003.
[6] « Selon la BRI, la dette des États développés est insolvable », Réseau Voltaire, 13 avril 2010.
[7] Cf. la théorie économique d’Alexander Sack.
[8] « La guerre secrète en Grèce », par Daniele Ganser ; « Grèce, le facteur Otan », par Manlio Dinucci, Traduction Marie-Ange Patrizio, Il Manifesto (Italie), Réseau Voltaire, 24 août 2013 et 7 avril 2015.

lundi 29 juin 2015

La dette grecque est illégale: Synthèse du rapport de la Commission pour la vérité sur la dette grecque

Mondialisation.ca, 22 juin 2015
 
 
 
« Le FMI savait parfaitement que les mesures allaient avoir un coût social et économique terrible ».
 
Les preuves présentées dans le rapport du comité international indiqueraient que la dette issue des plans d’austérité est une violation directe des droits fondamentaux de l’homme. Le comité serait arrivé à la conclusion que la Grèce ne devrait pas payer cette dette parce qu’elle est illégale, illégitime et odieuse.
 
Synthèse du rapport de la Commission pour la vérité sur la dette grecque.
 
En juin 2015, la Grèce se trouve à un carrefour. Elle doit choisir entre la poursuite des programmes d’ajustement macroéconomiques imposés par ses créanciers ou briser les chaînes de sa dette. Cinq ans après le début des programmes d’ajustement, le pays reste plongé dans une grave crise économique, sociale, démocratique et écologique.
 
La boîte noire de la dette n’a pas été ouverte. À ce jour, aucune autorité, grecque ou internationale, n’a cherché à faire la lumière sur les causes et les modalités d’assujettissement de la Grèce au régime de la Troïka. La dette, au nom de laquelle rien n’a été épargné à la population, reste le dogme au nom duquel est imposé un programme d’ajustement néolibéral qui s’accompagne de la plus profonde et la plus longue récession jamais connue en Europe en temps de paix.
 
Prendre à bras-le-corps un ensemble de problèmes sociaux et économiques est une impérieuse nécessité autant qu’une responsabilité sociale. Prenant acte de cela, le Parlement Hellénique a mis en place en avril 2015 la Commission pour la Vérité sur la Dette publique grecque. Il lui a donné mandat pour mener des investigations sur l’origine et l’augmentation de la dette publique, la façon dont cette dette a été contractée et les raisons qui y ont amené, enfin sur ces l’impact qu’ont eu sur l’économie et la population les conditionnalités attachées à ces contrats.
 
La Commission pour la Vérité a pour mission d’amener à une prise de conscience sur les questions relatives à la dette grecque, tant sur le plan interne qu’au niveau international, de formuler des arguments et de proposer des scénarios relatifs à l’annulation de la dette.
 
Les recherches présentées par la Commission dans son rapport préliminaire mettent en lumière le fait que le programme d’ajustement auquel la Grèce a été soumise était, et reste dans son intégralité, un programme politiquement orienté. L’analyse technique bâtie sur des variables macroéconomiques et des projections de dette – des données en relation directe avec la vie et de la population et ses moyens de subsistance –, a permis de cantonner les discussions relatives à la dette à un niveau technique. Ces discussions ont principalement été centrées autour de la thèse selon laquelle les politiques imposées à la Grèce allaient lui permettre de rembourser sa dette. Les faits présentés dans ce rapport prouvent tout le contraire.
 
Les éléments dont nous faisons état dans ce rapport montrent que de toute évidence la Grèce, non seulement n’est pas en capacité de rembourser cette dette, mais qu’elle ne doit pas la rembourser, tout d’abord parce que la dette issue des mesures de la Troïka constitue une violation caractérisée des droits humains fondamentaux des résidents de la Grèce. Ainsi, nous sommes parvenus à la conclusion que la Grèce ne doit pas payer cette dette, du fait de son caractère illégal, illégitime et odieux.

 Il est également apparu à la Commission que le caractère insoutenable de la dette publique grecque était évident depuis l’origine pour les créanciers internationaux, les autorités grecques et les grands médias. Pourtant, les autorités grecques et certains gouvernements de l’Union Européenne se sont ligués pour rejeter une restructuration de la dette publique en 2010, dans le seul but de protéger les institutions financières privées.
 
Les grands médias officiels ont dissimulé la vérité au public en soutenant que le plan de sauvetage allait être bénéfique pour la Grèce, tout en passant en boucle le récit selon lequel la population ne faisait que payer pour ses propres turpitudes.
 
Les fonds versés dans le cadre des programmes de sauvetage de 2010 et 2012 ont été gérés de l’extérieur selon des schémas complexes, empêchant toute initiative propre en matière budgétaire. L’utilisation de ces fonds a été dictée de manière stricte par les créanciers et il est apparu que moins de 10 % de leur montant avaient été consacrés aux dépenses courantes du gouvernement.

 Ce rapport préliminaire dresse un premier état des lieux des principaux problèmes et enjeux liés à la dette publique et fait état de violations juridiques majeures en ce qui touche aux contrats d’emprunt ; il pose également les bases juridiques sur lesquelles la suspension unilatérale des paiements de la dette peut être invoquée. Ces conclusions sont déclinées en neuf chapitres présentés comme suit :
 
Le chapitre 1, La dette avant la Troïka, analyse l’augmentation de la dette publique grecque depuis les années 1980. Il conclut que l’accroissement de la dette n’est pas le résultat de dépenses publiques excessives, celles-ci étant en réalité restées plus faibles que les dépenses publiques d’autres pays de la zone euro. La dette provient pour l’essentiel du paiement aux créanciers de taux d’intérêts extrêmement élevés, de dépenses militaires excessives et injustifiées, d’un manque à gagner fiscal dû à la fuite illicite de capitaux, du coût de la recapitalisation de banques privées par l’État, et des déséquilibres internationaux issus des lacunes inhérentes au modèle de l’Union Monétaire.
 
L’adoption de l’euro a généré en Grèce une augmentation drastique de la dette privée à laquelle les grandes banques privées européennes ainsi que les banques grecques ont été exposées. En prenant de l’ampleur, la crise bancaire a débouché sur une crise de la dette souveraine grecque. En 2009, en mettant l’accent sur la dette publique et en gonflant le déficit, le gouvernement de George Papandréou a voulu présenter comme une crise de la dette publique ce qui était en réalité une crise bancaire.
 
Le chapitre 2, Les évolutions de la dette publique grecque de 2010 à 2015 établit que le premier accord de prêt de 2010 visait en premier lieu à sauver les banques privées grecques et européennes et à permettre aux banques de réduire leur exposition aux titres publics grecs.
 
Le chapitre 3, La dette publique grecque par créancier en 2015, met en évidence la nature litigieuse de la dette grecque actuelle au regard des principales caractéristiques des prêts qui seront analysées plus en détail au chapitre 8.
 
Le chapitre 4, Les mécanismes de l’endettement en Grèce, dévoile les mécanismes issus des accords entrés en vigueur à partir de mai 2010. Ces accords prévoyaient l’octroi de nouveaux emprunts d’un montant substantiel par des créanciers bilatéraux et le Fonds Européen de Stabilité Financière (FESF) qui s’accompagnaient de coûts abusifs, amplifiant d’autant la crise. Ces mécanismes révèlent comment la majorité des fonds empruntés ont été directement transférés aux institutions financières. Au lieu de bénéficier à la Grèce, ils ont accéléré le processus de privatisation à travers l’utilisation d’instruments financiers.
 
Le chapitre 5, Les conditionnalités contre la soutenabilité, présente la manière dont les créanciers ont imposé des conditionnalités excessives qui, associées aux accords de prêts, ont eu pour conséquence directe la non-viabilité économique et l’insoutenabilité de la dette. Ces conditionnalités, que les créanciers s’obstinent toujours à exiger, ont fait chuter le PIB tout en augmentant l’endettement public – un ratio dette/PIB plus élevé rendant la dette grecque encore plus insoutenable. Mais elles ont également généré des changements dramatiques dans la société et provoqué une crise humanitaire. La dette publique grecque peut ainsi être considérée comme totalement insoutenable en l’état actuel des choses.
 
Le chapitre 6, Impact des « programmes de sauvetage » sur les droits humains, montre que les mesures mises en place dans le cadre des « programmes de sauvetage » ont directement affecté les conditions de vie du peuple et violé les droits humains que la Grèce et ses partenaires sont dans l’obligation d’assurer, de protéger et de promouvoir, conformément au droit national, au droit de l’Union et au droit international en vigueur. Les ajustements drastiques imposés à l’économie et à la société grecque dans son ensemble ont provoqué une détérioration rapide des niveaux de vie incompatible avec la justice sociale, la cohésion sociale, la démocratie et les droits de l’homme.
 
Le chapitre 7, Questions juridiques relatives aux MoU (Memorandum of understanding ou Protocole d’accord) et aux conventions de prêt, soutient qu’il y a eu violation des obligations en matière de droits de l’homme de la part de la Grèce elle-même et de ses prêteurs, à savoir les États membres de la zone euro (prêteurs), la Commission européenne, laBanque centrale européenne et le Fonds Monétaire International, qui ont imposé ces mesures à la Grèce.
 
Tous ces acteurs ont refusé d’évaluer les violations des droits de l’homme découlant des politiques publiques qu’ils obligeaient la Grèce à appliquer. Ils ont directement violé la constitution grecque en privant le pays de la plupart de ses droits souverains. En effet, les accords contiennent des clauses abusives, qui ont contraint la Grèce à renoncer à des pans importants de sa souveraineté. Cela a été attesté par le choix du droit anglais comme loi applicable à ces contrats, dans le but de faciliter le contournement de la constitution grecque et des obligations internationales en matière de droits humains. La remise en cause des droits humains et des obligations de droit coutumier, la présence de diverses preuves de mauvaise foi des parties contractantes, et leur caractère déraisonnable, remet en cause la validité de ces contrats.
 
Le Chapitre 8, Évaluation du caractère illégitime, odieux, illégal ou insoutenable de la dette, examine la dette publique grecque en regard des définitions adoptées par la Commission concernant les dettes illégales, illégitimes, odieuses et insoutenables. Il aboutit à la conclusion qu’en juin 2015, la dette publique grecque est insoutenable, puisque la Grèce ne peut payer le service de la dette sans nuire gravement à sa capacité de remplir ses obligations les plus élémentaires en matière de droits humains. Par ailleurs, le rapport apporte la preuve de la présence dans cette dette d’éléments illégaux, illégitimes et odieux, et ce pour chaque groupe de créanciers.
 
La dette envers le FMI doit être considérée illégale car elle a été consentie en violation des propres statuts du FMI, et que les conditions qui l’accompagnent violent la Constitution grecque, les obligations du droit coutumier international et les traités signés par la Grèce. Elle est illégitime, puisque les conditions imposées comprennent des dispositions qui violent les obligations en matière de droits humains. Enfin, elle est odieuse, puisque le FMI savait pertinemment que les mesures imposées étaient  antidémocratiques, inefficaces, et allaient provoquer de graves violations des droits socio-économiques.

dimanche 26 avril 2015

Comment les industriels américains ont travaillé pour le Reich

@Inconnu
Pierre Abramovici
France USA
lun., 07 jan. 2008 12:04 UTC

Avant et pendant la Seconde Guerre mondiale, les industriels américains font mieux que s'accommoder du régime nazi. ITT et General Motors, par exemple, développent leurs affaires en Allemagne... quitte à produire, pour l'une, des bombardiers, pour l'autre, des camions militaires utilisés contre les armées alliées. Elles ne furent pas les seules. 

Au milieu des années 1920, l'Allemagne est un pays vaincu, ruiné par l'inflation et par les faramineuses réparations dues aux Alliés. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, il faut 8 marks pour un dollar. Quatre ans plus tard, le change est divisé par cinq cent mille : un billet vert vaut 4 millions de marks ! Mais, au début des années 1930, le redressement économique du pays est spectaculaire. Les sociétés d'outre-Atlantique, fortes de leur monnaie, achètent, bon marché, des pans entiers de l'industrie allemande : Ford, General Motors, IBM, DuPont de Nemours, ITT, General Electric, etc. prennent des participations dans les entreprises d'outre-Rhin. La nature du régime politique leur importe peu, d'autant que certains capitalistes américains ne sont pas insensibles aux sirènes nationales-socialistes. 



Ils sont d'ailleurs choyés par les nouvelles autorités allemandes : dans son numéro du 4 août 1933, le New York Times rapporte, dans un entrefilet, que le nouveau chancelier Hitler vient de recevoir une délégation d'hommes d'affaires américains à Berchtesgaden. Parmi les invités : Sosthenes Behn, PDG d'International Telephone and Telegraph (ITT) et son agent général pour l'Allemagne Henry Mann. Behn est venu demander au conseiller économique d'Hitler, Wilheim Keppler, de lui indiquer des hommes de confiance que les nazis accepteraient de voir siéger dans les conseils d'administration de sa vingtaine de filiales allemandes. Keppler suggère Kurt von Schroeder, de la Stein Bank, banquier d'Hitler et futur général SS. Schroeder entre au conseil d'administration de la SEG, laStandard Elektrizitäts Gesellschaft, propriété de la compagnie américaine. A lui de défendre au mieux les intérêts de la maison mère dans le Reich. Il réorganise la société, fait annuler ses dettes, et signe de nouveaux et substantiels contrats, dont certains touchent à la défense. 



Autre agent d'influence recruté par l'industriel américain : Gehrardt Alois Westrick. Celui-ci, à la tête du cabinet juridique Albert & Westrick, représente déjà les intérêts d'entreprises américaines en Allemagne, notamment Kodak et Texaco


© Inconnu
Hollywood a laissé une nation étrangère, l’Allemagne nazie, changer systématiquement pendant 8 ans ses films à propos de sujets très précis : tout ce qui touchait à l’expérience allemande pendant la première Guerre Mondiale et tout ce qui avait trait à la persécution des Juifs par Hitler.
L'entente entre ITT et le régime nazi est au beau fixe. Behn rencontre à plusieurs reprises Hermann Goering, chargé par Hitler de l'exécution du « plan de quatre ans » qui le place à la tête d'importants complexes industriels. En 1938, sa compagnie acquiert 28 % du capital de la FockeWulf, qui produit des bombardiers. La même année, au lendemain de l'Anschluss, Behn rencontre à nouveau le Führer. La compagnie autrichienne Czeija Nissi, dans laquelle il a des intérêts, vient de tomber sous le coup d'une mesure d'expropriation. Tous les juifs sont mis à la porte, y compris le président, Frank Nissi. Si l'Américain obtient des assurances quant à l'avenir d'ITT au sein du Reich, il se garde d'évoquer le sort des employés juifs. Mieux, après le début du conflit, en 1939, Kurt von Schroeder obtiendra du ministère de l'Économie que les filiales ITT bénéficient de la nationalité allemande, échappant aux mesures de séquestre qui frappent les biens étrangers. 



Alors que les bruits de bottes se font entendre en Europe, les grandes firmes américaines, soit directement, soit par leurs filiales, gérées depuis des pays neutres, notamment la Suisse, arment le Reich. Ainsi General Motors. A Noël 1936, James Mooney, vice-président de la branche européenne, est à Berlin, pour discuter avec Hjalmar Schacht, ministre des Finances du Reich. Commentaire atterré de l'ambassadeur américain, William Dodd, cité, à l'époque, dans le New York Times :

« Une clique d'industriels américains est diablement attirée par la création d'un État fasciste qui supplanterait notre démocratie et qui travaillerait étroitement avec les régimes fascistes en Allemagne et en Italie. »
Le diplomate reprend aussi les propos tenus par un « important dirigeant de l'un de nos plus grands organismes financiers » prêt à installer le fascisme en Amérique « si le président Roosevelt continue sa politique progressiste notamment en matière sociale ». 

Ce qui n'alarme pas outre mesure Mooney qui, basé en Angleterre, multiplie, tout au long du mois d'avril 1939, les allers et retours entre Londres et Berlin où il rencontre tout ce que l'Allemagne nazie compte de personnages importants. Mooney est un ami du Reich. En 1938, il a été décoré par Hitler en personne (comme le président d'IBM Thomas Watson ou l'aviateur Charles Lindbergh) de l'ordre allemand de l'Aigle, une distinction réservée aux étrangers. Il est aussi le plus gros investisseur du German American Trade Board, la Chambre de commerce américano-germanique, un organisme dirigé par un banquier... allemand, August Theodore Gaussebeck, président de la Robert Mayer Inc. Son établissement d'affaires est le correspondant aux États-Unis de Kurt von Schroeder, via la banque du frère de ce dernier, Henry Schroder - qui a américanisé son nom. 

Malgré la paix dans l'honneur souhaitée par les diplomates à Munich, c'est la guerre dans le déshonneur, qui survient après l'invasion de la Pologne. Le 3 septembre 1939, la Grande-Bretagne et la France entrent dans le conflit. Si cela n'empêche pas les affaires, ça peut les contrarier. Aussi, à la demande de Ribbentrop, ministre des Affaires étrangères du Reich, Gehrardt Alois Westrick, l'intermédiaire des entreprises américaines, se rend aux Etats-Unis au printemps 1940 pour rencontrer des industriels, parmi lesquels Ford. Il est rien moins chargé que d'obtenir des Américains qu'ils coupent les vivres aux Anglais. 

C'est la Robert Mayer Inc. de Gaussebeck qui prépare le voyage, financé par Sosthenes Behn et par James Mooney. Le 26 juin 1940, tout ce beau monde se retrouve pour un dîner de gala au Waldorf Astoria de New York : au menu, la célébration de la victoire allemande sur la France. Parmi les hôtes : Mooney, Ford, mais aussi Torkield Rieber deTexas Company, Ralph Beaver Strassburger, un millionnaire de Pennsylvanie, propriétaire foncier en Allemagne et en France, les directeurs de KodakUnderwood, etc. 

Le New York Herald Tribune révèle l'affaire. Westrick doit quitter précipitamment les États-Unis. Quant à Gaussebeck, protégé par un statut de « diplomate bolivien », il ne sera expulsé vers l'Amérique du Sud qu'en 1942. De là, il rejoindra Berlin puis Monaco où il montera une banque et un réseau financier destinés au commerce entre les USA et le Reich, via des pays neutres. 

Petits ou grands, les milieux d'affaires américains se précipitent sur le marché allemand. Si c'est souvent pour faire des affaires, il arrive aussi que ce soit par pure adhésion à l'idéologie nazie. « La paix mondiale par le commerce mondial » ( World peace through world trade )... avait lancé Thomas Watson d'IBM, lors de son élection à la tête de la Chambre de commerce international, en 1933. Ce slogan est devenu « la guerre mondiale par le commerce mondial ». Au total, pendant le conflit, près de 8 milliards de dollars seront investis en Allemagne nazie par les firmes américaines. 

Les Etats-Unis ne sont pas encore en guerre et leur coeur balance en faveur de leurs alliés européens traditionnels, au premier rang desquels l'Angleterre, malgré le souhait de Ribbentrop et les tentatives de Westrick. Le FBI est chargé de lutter contre l'infiltration des pronazis dans l'industrie et la finance. Le 3 mai 1941, son directeur, J. Edgar Hoover, rédige un mémo destiné au président Roosevelt :
« J'ai reçu une information à mon bureau d'une source socialement éminente et connue pour être en contact avec quelques-uns des personnages impliqués [...] selon laquelle Joseph P. Kennedy, l'ancien ambassadeur en Angleterre, et Ben Smith, l'opérateur de Wall Street, quelque part dans le passé, ont eu une réunion avec Goering à Vichy, France et, par la suite, Kennedy et Smith ont versé une somme d'argent considérable pour la cause allemande. Ils sont tous deux décrits comme très antibritanniques et proallemands... »
Cette note est à la fois terriblement imprécise et accusatrice. Ben Smith est un ami intime de Kennedy, qui a été ambassadeur à Londres, où il a fréquenté le clan de Clivedden, un groupe d'aristocrates et d'industriels anglais ouvertement pronazis. Avec lui, il s'est enrichi à la Bourse dans les années 1930. Il est aussi connu des Renseignements généraux à Paris. Il est à la tête de plusieurs affaires, notamment des mines d'or au Canada, de la société de caoutchouc General Tire à New York et de la banque Thompson et Mackinoon. Il est aussi l'un des personnages les plus influents du New York Stock Exchange, la Bourse américaine. En Europe, il acquiert des brevets pouvant être exploités aux États-Unis. Une note de l'ambassadeur de France à Washington, de novembre 1939, signalait que Smith avait attiré l'attention de lord Forbes, attaché de l'Air de Grande-Bretagne à Bucarest. Il tentait de vendre de l'aluminium à l'Allemagne par l'entremise de la Roumanie. 

Le 7 décembre 1941, l'attaque japonaise contre Pearl Harbor, à Hawaï, change la donne. L'Amérique entre en guerre et la proclamation du Trading with Ennemy Act, interdit le commerce avec l'Allemagne. ITT se découvre alors la fibre patriotique. Le groupe place ses hommes à tous les échelons de l'appareil militaro-industriel américain. En septembre 1942, Behn annonce ainsi la construction d'une usine dans le New Jersey. ITT, avec l'aide d'ingénieurs français réfugiés outre-Atlantique, y met au point des inventions comme la radiogoniométrie haute fréquence, surnommée « Huff-Duff » qui servira à repérer les sous-marins allemands. Ainsi, tandis que les avions FockeWulf lâchent leurs bombes sur les navires alliés, et que les câbles d'ITT transmettent des renseignements aux U-Boote, les appareils de repérage d'ITT-USA protègent les bâtiments alliés des torpilles ennemies. 

Autre ville d'Europe où se joue la destinée de l'Europe en guerre : Berne. En Suisse, les Etats-Unis disposent d'une ambassade dont un des diplomates cumule plusieurs casquettes. Allen Dulles est alors à la tête du bureau de l'OSS - future CIA dont il deviendra après-guerre directeur. Il est aussi avocat d'affaires. Avec son frère, John Foster Dulles, (secrétaire d'Etat américain dans les années 1950), il dirige le cabinet Cromwell & Sullivan qui représente les intérêts de firmes américaines, telles l'Allied Chemical Company ou la General Aniline & Film Corporation, toutes deux ayant des liens avec le conglomérat allemand IG FarbenCromwell & Sullivan est en relation d'affaires directe avec le cabinet allemand Albert & Westrick, celui-là même qui défend les intérêts d'ITT

Dulles a pour mission d'espionner les nazis. Et qui choisit-il pour s'entourer ? Exclusivement des fils des grandes familles industrielles américaines, ayant toutes des relations d'affaires privilégiées avec le régime nazi ! Paul Mellon, fils d'Andrew du trust de l'aluminium Alcoa ; Junius et Henry Morgan de la banque du même nom ; Alfred DuPont (DuPont de Nemours), William Van Allen (famille Astor). A Zurich, Dulles place également un vice-consul, très actif, ancien directeur de la banque Schroder de New York. Un pied dans l'espionnage, un autre dans les affaires, Allen Dulles va tenter de monter une paix séparée avec les milieux allemands conservateurs et les industriels antinazis notamment par l'intermédiaire du comte Moltke, parent de Kurt von Schroeder. Il sera aidé par Walter Schellenberg, chef des services de renseignement de la... SS. Un personnage dont le FBI affirme qu'il était en mission aux Etats-Unis à la fin des années 1930, chez... Gaussebeck !

De leur côté, les directeurs de General Motors veillent sur leurs intérêts. Malgré les excellentes relations entretenues par Mooney avec le Reich, le 25 novembre 1942, le gouvernement nazi nomme le Pr Carl Luer administrateur du complexe Opel à Rüsselsheim, filiale qui risque ainsi de leur échapper. Mais la cour d'appel provinciale de Darmstadt précise que « l'autorité du conseil des directeurs ne sera pas affectée par cette décision administrative. Les méthodes et les responsables du management resteront les mêmes ». De fait, les patrons de GM continueront de siéger au conseil d'administration d'Opel durant toute la guerre. 

Mieux, en violation du Trading with Ennemy Act, les informations, rapports, transferts de matériel circulent parfaitement entre le siège de Detroit, les filiales installées dans les pays alliés et celles implantées dans les territoires contrôlés par l'Axe. Les registres d'Opelrévéleront que, de 1942 à 1945, la firme élaborera sa stratégie industrielle en coordination étroite avec ses usines éparpillées dans le monde, notamment avec GM JapanGM Continental (Anvers), GM China, GM Uruguay et GM Brésil. En 1943, alors que la firme équipe l'aviation américaine, sa filiale Opel produit les moteurs du Messerschmitt 262, le premier chasseur à réaction au monde. Capable de voler à près de 1 000 km/h, cet appareil surclasse le P-510 Mustang américain. 

Paris, le 25 août 1944. Le jour de la Libération, les employés d'ITT en France célèbrent l'événement dans les laboratoires de l'usine après avoir hissé le drapeau tricolore. Une Jeep s'arrête devant la porte. Et qui voit-on, assis au côté de son fils William au volant : le colonel Sosthenes Behn en personne, vêtu d'un battle-dress maculé de boue ! Officiellement spécialiste des transmissions auprès de l'US Army, le boss américain effectue une tournée d'inspection de ses usines en Europe. Il se rend à Anvers, à Bruxelles, revient à Paris. Dans son édition du 20 septembre, le Daily Mail raconte comment une poignée de businessmen américains - dont l'un s'occupe de « matériel électrique » - a atterri à Londres. Le secrétaire d'État américain, Cordell Hull, croit bon de démentir la nouvelle. 

Behn n'est pas le seul cadre d'ITT à accompagner l'armée américaine. Certains directeurs de la firme arborent même des étoiles de général sur leurs uniformes. L'un d'entre eux a été président du conseil des filiales européennes et a siégé aux côtés de l'Allemand Westrick. De quoi indigner le député américain Jerry Voorhis qui fustige devant le Congrès « une grande compagnie internationale qui possède en Allemagne des avoirs et des intérêts dont on connaît parfaitement la nature, et dont le vice-président est investi du pouvoir de décider des mesures à prendre pour empêcher l'Allemagne de reconstituer ses forces d'agression »... Ce que ce dernier fait à sa manière. En octobre 1945, ITT parvient à démanteler deux usines aéronautiques, situées à Mühlhausen (Thuringe) en secteur soviétique, pour les remonter à Nuremberg, dans la zone américaine. Avec l'appui de l'incontournable Westrick. 

Que cache cette métamorphose qui fait d'un Behn, ancien supporter d'Hitler, un héros de la cause alliée ? De toute évidence, le colonel Behn s'est mis à collaborer avec les services secrets américains. Avec Allen Dulles dans le rôle de l'intermédiaire qui permet à ITT, avec l'appui de l'armée américaine, de se réinstaller en Europe et d'assurer la protection de son associé Westrick. Ce qui ne manque pas d'en alarmer certains aux États-Unis. 

Ainsi, en 1946, au nom de l'Attorney General, le ministre de la Justice, Tom Clark, et de son chef du service antitrust, Wendell Burge, une plainte est instruite contre ITT. L'acte d'accusation précise notamment que pendant la durée de la guerre des liens « furent [...] maintenus [...] entre le système des compagnies ITT et les associés contractuels de l'ISEC [International Standard Electric Company, filiale européenne d'ITT], travaillant chez l'ennemi ou en territoire occupé par l'ennemi ; et cela sous la haute direction d'un nommé Gehrardt A. Westrick. Ce dernier avait été chargé par Sosthenes Behn, président de la société défenderesse, et pour la durée de la dite période de guerre, de la gestion de l'ensemble des filiales ITT implantées dans différents secteurs de l'Europe continentale ; Westrick était en outre muni des pleins pouvoirs pour représenter les intérêts du système ITT en Allemagne. » 

Au cours de l'interrogatoire qu'il subit après la guerre, le banquier allemand Kurt von Schroeder affirma que Behn avait approuvé l'achat des actions FockeWulf. Il ajouta :
« De 1933 jusqu'à la déclaration de guerre, le colonel Behn aurait pu transférer aux États-Unis la plus grosse partie des bénéfices réalisés par les filiales allemandes d'ITT, mais jamais il ne me demanda de l'aider à le faire. Bien au contraire, il paraissait très content de réinvestir tous les bénéfices des sociétés dont il avait le contrôle en Allemagne dans de nouveaux bâtiments, de nouveaux équipements ainsi que dans d'autres entreprises d'armement. »
On lui demanda : « Avez-vous eu connaissance directement ou par ouï-dire d'une quelconque contestation de la part du colonel Behn ou de ses représentants à l'égard des entreprises de son groupe qui participaient au réarmement de l'Allemagne en vue de la guerre ? » Réponse : « Non. » 

Le dossier ITT sera classé sans suite. Mieux. En 1967, ITT obtient 27 millions de dollars du gouvernement américain au titre des dommages subis par ses usines d'Allemagne, y compris 5 millions de dollars pour les dommages causés aux usines FockeWulf, sous prétexte qu'elles constituaient des « propriétés américaines en partie détruites par des bombardiers alliés ». La même année, GM obtient 33 millions de dollars sous forme d'exemption fiscale sur ses bénéfices pour « les gênes et les destructions occasionnées à ses usines fabriquant des avions et des véhicules motorisés implantés en Allemagne, Autriche, Pologne et Chine ». De son côté, Ford arrache un peu moins d'un million de dollars pour les dégâts provoqués à ses chaînes de fabrication de camions militaires installées à Cologne. Sans compter les 38 millions de francs versés, pendant la guerre, par Vichy, après le bombardement par des avions alliés de son usine de Poissy, dans laquelle elle produisait vingt camions par jour destinés à la Wehrmacht.
 En 1947, James Stewart Martin, chef de l'Economic Warfare Section du ministère de la Justice, démissionnait en précisant : « En Allemagne, ce ne sont pas les hommes d'affaires allemands qui nous ont tenus en échec. [...] Nous avons été bloqués en Allemagne par les hommes d'affaires américains. [... ]. »
Ford contre la "juiverie" 

Henry Ford, le plus que septuagénaire milliardaire américain, est un antisémite maladif. Il accuse les juifs d'avoir déclenché la Grande Guerre et commence à les attaquer dès 1916. En 1920, il achète un hebdomadaire, le Dearborn Independant, qui lui fournit une tribune contre les « banquiers cupides de Wall Street » et « la juiverie internationale, un des problèmes du monde ». En 1938, Ford Company ouvrira, dans la banlieue de Berlin une usine d'assemblage de véhicules transports de troupes. Avec Opel, société d'origine allemande, mais propriété de General Motors, l'autre grand constructeur automobile US,Ford produira près de 90 % des half-tracks de 3 tonnes et 70 % des camions de lourd et moyen tonnages utilisés par la Wehrmacht. 

Des alliés objectifs de l'effort de guerre... allemand 

Sosthenes Behn, le président d'ITT, termine la guerre avec le grade de colonel de l'US Army. Durant le conflit, la FockeWulf, dans laquelle il a des participations, produit des bombardiers. Idem pour James Mooney, dont les usines Opel de Rüsselheim, appartenant à la GM, fabriquent des camions pour la Wehrmacht. 

Les sombres calculs d'IBM 

Le patron emblématique d'IBM s'appelle Thomas Watson. En 1937, dans une lettre destinée à Hjalmar Schacht, le ministre des Finances du Reich, il se félicite de ses relations avec l'Allemagne depuis la fin de la Première Guerre mondiale et ajoute que le monde devrait accorder « une compréhension sympathique au peuple allemand et à ses objectifs sous la conduite d'Adolf Hitler ». Le fond de commerce de Watson, c'est l'exploitation du procédé Hollerith de machine à calculer. Dès 1924, IBM se rend acquéreur d'une société allemande, Dehomag. Au cours des dix années qui suivent, Watson gère personnellement l'activité de sa filiale et, surtout, tire profit des améliorations apportées par des ingénieurs allemands. A elle seule, la Dehomag réalise plus de la moitié du chiffre d'affaires des soixante-dix filiales de la marque. Quelques semaines seulement après la prise de pouvoir par Hitler, IBM investit plus de 7 millions de Reichsmarks - plus d'un million de dollars - pour le développement de la DehomagIBM contrôle alors près de 90 % du marché mondial des machines à cartes perforées. La bureaucratie allemande, friande de statistiques, va en tirer parti. Dehomag va prêter son concours au « tri » entre les juifs et les non-juifs dans le Reich. Dans la revue de l'Association statistique allemande, à laquelle collaborent des cadres de la Dehomag, on peut lire : « Nous nous attaquons actuellement à de nombreux problèmes de première importance, des problèmes de nature idéologique. L'un de ces problèmes est celui de la politique raciale, et il a grand besoin d'un éclairage statistique. » Avant l'entrée en guerre des États-Unis, la firme avait quand même senti le vent tourner. En mars 1941, elle avait créé, aux États-Unis, la Munitions Manufacturing Corporation qui fabriquera des canons de 20 mm, des fusils automatiques, des appareils de visées pour la DCA, des masques à gaz... Ce qui ne l'empêchera pas, dans le même temps, par le biais de son holding suisse, de continuer à percevoir les bénéfices de ses usines allemandes ! 

Standard Oil fait tache 

Les compagnies pétrolières étrangères, indispensables à l'effort de guerre allemand, apportent leur concours au régime nazi. En 1934, Standard Oil l'américaine, Shell la hollandaise et BP la britannique forment un cartel. Le patron de Standard Oil, Walter Teagle, n'est pas pronazi comme Henri Deterding de la Shell (à sa mort en 1939 en Allemagne, ce dernier a droit à une garde d'honneur SS). Il est convaincu que les multinationales sont détachées des contingences du monde. Standard Oil va fournir aux Allemands les brevets du tétra-éthyle de plomb entrant dans la fabrication de l'essence d'avion. En échange de quoi, Standard Oil, désireuse de se lancer dans la fabrication du caoutchouc synthétique, se tourne vers IG Farben, cependant qu'elle freine les recherches américaines dans ce domaine. En 1941, une commission d'enquête parlementaire dirigée par le futur président Truman attaque Standard Oil pour ses liens avec les nazis. La première audition terminée, un journaliste demande à Truman si, selon lui, les conventions entre Standard Oil et IG Farben relèvent de la trahison : « Oui, bien sûr, que voulez-vous que ce soit ? »

Source: Sott.net